Edito
Quand on évoque la métamorphose, souvent l’idée de la chenille qui se transmue en papillon
vient à l’esprit. Aussi vieille qu’Ovide ou Apulée, la métamorphose, en tant que bouleversement de la forme première, insert la notion de mouvement et trouble les contours de l’identité, qui, précisément, désigne le caractère permanent et fondamental d’un être. Aujourd’hui, elle se présente sous un jour nouveau : un individu transgenre peut exprimer le souhait de changer le genre auquel, péremptoirement, il appartient. Il est intéressant de souligner que la métamorphose est voulue ou subie, naturelle ou imaginaire.
D’ailleurs, l’art a souvent pris à son compte toutes les possibilités créatives que le sujet peut offrir. Dans la littérature classique, il y a le zélé Gregor de Kafka qui se réveille en cancrelat, mettant ainsi à l’épreuve l’étroitesse du consensus bourgeois ou le personnage de la Modification de Butor, qui vit son voyage de Paris jusqu’à Rome comme une transformation
ontologique ou encore l’ouvrage de Benacquista Quelqu’un d’autre qui aborde le thème de la
projection dans un être autre que soi. Il y a, plus radicalement, le fameux docteur Jekyll qui devient mister Hyde, deux forces contraires cohabitant dans un seul personnage, ce qui vient chatouiller le champ mystérieux de l’inconscient, partie masquée et sombre de l’identité.
Dans L’Homme invisible, obscurément, la science est aux manettes de la métamorphose expérimentale, servant le fantasme humain de sur-puissance et son ambition démiurgique. De là, naissent l’imaginaire mythologique, lequel permet à Zeus notamment de se changer en taureau pour mieux posséder Io, ou les contes de Grimm et Andersen qui rendent possible le passage du crapaud au prince charmant ou celui de la petite sirène en femme terrienne. L’entreprise onirique verra la création des super-héros – exploitée en bande-dessinée – comme l’invention de Hulk ou de Spiderman, deux héros qui développent une faculté hors-norme, conjurant l’exception. Il faut dire que le fantasme de se recréer est alléchant et infini. Dans tous les cas, il peut frôler l’envie de changer la petite histoire mais aussi la grande, afin de palier sa violence répétée. Écoutons donc Anne Franck proférer un cri humaniste :
« Tant que l’humanité entière, sans exception, n’aura pas subi une grande métamorphose, la guerre fera rage. »